Les trois protagonistes de l’histoire


Histoire de France entre un Breton, une Normande et une Auvergnate.

Le Général Boulanger est né le 29 avril 1837. Fils d’un bourgeois breton et d’une noble galloise, il est élevé en Bretagne. Après avoir fait ses études à Saint-Cyr, il participe aux campagnes de Kabylie comme lieutenant. En 1859, il participe à la campagne d'Italie. Une blessure à la poitrine lui vaut de recevoir la Légion d'Honneur. En 1861, il participe à la campagne de Cochinchine. Il est à nouveau blessé d'un coup de lance à la cuisse. De retour en France en 1864, il épouse une cousine, Lucie Renouard, davantage par intérêt que par amour. Même si de cette union des enfants naquirent, leur mariage ne fut pas heureux, les infidélités de Georges s’enchaînant les unes aux autres. En 1866, il devient capitaine-instructeur à l'École spéciale militaire de Saint-Cyr. La guerre de 1870 le voit promu chef de bataillon. Il est à nouveau blessé à la bataille de Champigny, lors de la défense de Paris. A nouveau promu, il passe au grade de colonel et participe à la répression de la Commune de Paris. Il est blessé lors de la prise du Panthéon. C’est au Duc d'Aumale, fils de Louis-Philippe, qu’il doit d'être nommé général en 1880. Il établit des réformes qui le rendent populaire et devient, en 1886, ministre de la Guerre, fonction qui le rend célèbre. Il ébranle, en effet, la Troisième République grâce au soutien du boulangisme, mouvement bien connu de l’époque.
Le Général Georges Boulanger
Le Général Georges Boulanger
Le Général Georges Boulanger
 
Le Général Georges Boulanger ®

Marguerite de Bonnemains est née Brouzet le 19 décembre 1855. Fortunée, fille et petite-fille d’officier, « son éducation sévère au couvent, sa distinction, sa beauté hautaine, son caractère distant suppléaient grandement au manque de naissance ». Elle devint vicomtesse par alliance en épousant à 19 ans, en 1874, Pierre de Bonnemains, fils de général. Ce dernier était volage. Dans la noblesse, il était coutumier d’épouser de riches roturiers pour alimenter les caisses. Comme disait Mme de Grignan pour les mésalliances argentées, « il faut du fumier sur les bonnes terres ».
La vicomtesse Marguerite de Bonnemains
La vicomtesse Marguerite de Bonnemains
La vicomtesse Marguerite de Bonnemains
 
La vicomtesse Marguerite de Bonnemains ®

Marie Quinton, fille de meuniers, est née en 1854. Le thermalisme est en plein essor et, avec l’arrivée du train, il faut héberger de plus en plus de curistes « baigneurs » pendant la haute saison. Elle rénove au pied des volcans d’Auvergne, dans la vallée de Royat, le moulin familial pour fonder en 1879 l'auberge des Marronniers. Mariée à 18 ans, cette aubergiste auvergnate fut victime d’un mari qui la maltraita : Etienne PAULET. Elle demanda la séparation puis le divorce avant de devenir veuve. Dans sa jeunesse, on l’appelait au village, en patois, « la Zenta Mounira », la Belle Meunière. Plus tard elle signa son courrier la Veuve Quinton. Mais il était de coutume autrefois de l’appeler La Quinton, La Marie Quinton ou La Mère Quinton.
La Bonne Meunière du Général Boulanger
La Bonne Meunière du Général Boulanger
La Bonne Meunière du Général Boulanger
 
La Bonne Meunière du Général Boulanger

Les événements


Lors de la revue du 14 juillet 1886, le général Boulanger, jouissant d’une popularité considérable, soulève les foules. Jusque dans les campagnes, on parle du général à la barbe blonde, aux yeux bleus, qui monte un cheval noir, du nom de "Tunis". Boulanger apparaît comme un sauveur. En juin 1887, la République est en plein malaise. Pressentant le danger, le gouvernement éloigne le général Boulanger à Clermont-Ferrand, en Auvergne. Ce dernier arrive par le train à Clermont-Ferrand, le 8 juillet 1887 à 7h45, avec plus de deux heures de retard. Son départ de Paris avait, en effet, été perturbé par la foule venue l’acclamer à la gare de Lyon… Le dimanche 10 juillet 1887, le Général Boulanger fait une entrée triomphante dans la capitale auvergnate à la tête de ses troupes pour aller au quartier général prendre officiellement possession de son commandement du 13e corps d'armée. Une foule immense, aux couleurs des différents patois de la province, est venue de toute l’Auvergne l’acclamer. Du jamais vu ! Même en juillet 1862, le passage de l’empereur Napoléon III et de l’impératrice Eugénie à Clermont Ferrand venus officialiser le plateau de Gergovie et inaugurer la source Eugénie dans la station thermale de Royat-les-Bains, ne déclencha pas pareille liesse. Depuis Vercingétorix ou Urbain II, jamais l’Auvergne n’avait connu un tel engouement pour acclamer un seul homme.

 

Les amours Clandestins


La mère Quinton, surnommée dans sa jeunesse « Belle Meunière », est l’une des plus célèbres auvergnates qui, de son vivant, eut une reconnaissance internationale illustrée par une pièce de théâtre, par la présence d’un pavillon à l’exposition universelle de Paris en 1900 … sans oublier le livre best-seller qu’elle écrivit pour retracer un amour clandestin. En effet, la vie de la Marie Quinton (1854-1933) fut bouleversée dans la nuit du lundi 24 octobre 1887 lorsqu’elle devint la confidente d’un amour fusionnel entre le célébrissime Général Georges Boulanger (1837-1891) et sa maîtresse, la Vicomtesse Marguerite de Bonnemains (1853-1891) : deux amants illustres. La popularité de cet ancien Ministre de la Guerre était telle que sa destinée ressembla à celle du Général Bonaparte. Toutefois, l’histoire en fut tout autre. Tragédie lyrique, romance légendaire, gravée pour l’Histoire de France où, à défaut d’être empereur, la passion l’emporta.

« Il se jette dans ses bras, il la serre à la broyer, la couvre de baisers avec une impétuosité sans nom. Elle veut parler, il lui ferme la bouche de ses baisers, l’embrasse avec furie, sur les cheveux, le front, le cou, les épaules, partout où sa bouche rencontre la chair de sa bien-aimée. C’est une scène indescriptible de félicité, de délire, de bonheur surhumain. La violence de cet amour surpasse tout ce que je pouvais imaginer et l’homme qui aime ainsi, c’est « lui », l’idole des foules, c’est le général Boulanger ». Le 30 septembre 1891, le général Boulanger se suicide sur la tombe de sa maîtresse : « Ai-je bien pu vivre deux mois et demi sans toi ? ».

Le général Boulanger eut l’occasion, à maintes reprises, de bouleverser le cours de l’histoire. Point n’est besoin d’un coup d’Etat comme son prédécesseur, le général Bonaparte, pour devenir empereur, roi ou simple Président de la République. Le peuple avait décidé qu’il devait s’installer à l’Elysée mais « ayant la discipline dans le sang … soldat, il rejoignit son devoir… » Les historiens sont partagés sur sa prise de décision. N’avait-il pas l’envergure d’un Président pour choisir de rester simple militaire ? Etait-il trop respectueux des institutions de la République ? Son amour avec la vicomtesse de Bonnemains n’avait-t-il pas été un obstacle à ses ambitions ? Son suicide : courage ou désespoir ? Nul ne saura vraiment. Il en a fallu de peu pour renverser cette République fragilisée entre les Royalistes, les Républicains et les Bonapartistes. Nul doute que son amour clandestin eut une incidence sur le cours de l’Histoire. En France, le général Boulanger fut la première personnalité à être idolâtrée à ce point par le peuple mais fut également tout aussi vite désavoué par ses contemporains.


Cimetière d’Ixelles banlieue de Bruxelles en Belgique.
Il est gravé sur la tombe des amoureux légendaires qui ne sont plus en terre de France.


Marguerite - 19 décembre 1855 - 16 juillet 1891
« À bientôt »

Georges - 29 avril 1837 - 30 septembre 1891
« Ai-je bien pu vivre deux mois et demi sans toi ? »

Le Général Boulanger ...

… Dès le seuil, la patronne l’accueillit avec un sourire moitié obséquieux, moitié mystérieux. En coiffe auvergnate, une croix de Jeannette sur la poitrine, elle semblait un personnage d’opérette… L’hôtelière redescendit à la cuisine, et recommanda aux bonnes : « Ne dérangez, sous aucun prétexte, nos deux tourtereaux. Attendons qu’ils sonnent. Laissons-les roucouler … Ce qu’ils peuvent s’aimer, ceux –là, c’est incroyable ! » … Avant même que les circonstances l’eussent conduit chez elle … elle était atteinte de la « boulangite ». Le plus souvent, elle servait personnellement les amoureux qui lui témoignaient de la sympathie et de la confiance.
Le général lui avait dit un jour :
Comment n’existerait-il pas d’affinités entre un homme qui s’appelle Boulanger et une femme que l’on surnomme « la Belle Meunière » ?
« Pendant ma courte absence, la pria Marguerite, vous prendrez bien soin du général. C’est un grand enfant ! » Un grand enfant qui avait le cœur gros.
« Ne vous tracassez pas, Madame, répondit la Quinton en abaissant modestement ses regards sur sa croix de Jeannette, le général sera entouré et choyé tant et plus … »
Le lendemain, Boulanger tint à accompagner sa maîtresse à la gare. À son retour, il frappa l’hôtesse par ses traits bouleversés. Elle le suivit dans sa chambre, afin de le conforter. Il s’affala sur le canapé, le regard lointain et douloureux. « Voyons, voyons, dit-elle, Madame n’est pas partie pour les Amériques ! D’ici quarante-huit heures, elle sera revenue plus belle et gentille que jamais … » Il passa des heures exaspérées. Il s’ennuyait tellement de Marguerite, qu’à plusieurs reprises il voulut partir lui aussi pour Paris, la rejoindre. « Non, non, l’adjurait La Quinton, n’oubliez pas que vous êtes puni, aux arrêts de rigueur… Ou censé l’être, et que vous ne pourriez sans danger ni déshonneur ! … »
Extraits du livre « Le général Boulanger, la dictature ou l’amour » Maurice DUPLAY 1936

 

… Il existait alors à l’entrée de Royat dans la proche banlieue de Clermont un petit hôtel protégé des regards indiscrets par un épais rideau d’arbres …et était tenu par une femme accorte, gentille, serviable, compréhensive aux écarts de la jeunesse, indulgente aux frasques de « ces messieurs de la ville », et d’une rare discrétion. Elle aurait pu en raconter des histoires si elle avait parlé ! De quoi faire battre des montagnes ! De quoi provoquer bien des éclats, faire couler beaucoup de larmes, amener beaucoup de ménages au bord du précipice. Mais Marie Quinton savait se taire, oublier les visages et ne plus se souvenir des paroles… la brave Marie Quinton….était devenue leur amie « il n’y a que sous nos couvertures que nous avons chaud, Meunière ! » S’écriait boulanger… « Soit dit en passant vous devriez bien débaptiser votre hôtel et l’appeler « l’hôtel du Paradis » en souvenir des heures merveilleuses que nous y passons » ….la chère Marie Quinton les attend sur le pas de la porte. Tous les trois montent dans la chambre … le général est rayonnant de joie, il l’embrasse sur les deux joues …
… Marie Quinton vient leur raconter les potins de la petite ville… on se rassemble devant les volets clos derrières lesquels le général doit tenir sa belle Maîtresse ...
Dans la série Les amours célèbres - Extraits du livre Le Général Boulanger « Dictateur ou roi de Cœur » Henry MULLER 1959


… Ils avaient découvert, à quelques kilomètres de la capitale Auvergnate, dans la station climatique de Royat, un petit hôtel discret… dont la patronne Marie Quinton boulangiste fervente … protégeait leur incognito. L’aire d’une soubrette d’opérette, avec sa coiffe de dentelle, sa croix de Jeannette sur la poitrine, Marie Quinton fière d’accueillir dans sa modeste maison un si illustre personnage ... elle se flattait, grâce à lui , d’entrer un jour, avec ses beaux habits de fête, dans l’Histoire. Elle avait toutes les attentions, tous les dévouements, ne laissant à nul autre la gloire de servir les amoureux ...
Extraits du livre « L’aventure tragi-comique du grand Général Boulanger » Pierre BARLATIER 1949


… Cette robuste auvergnate cache un cœur de midinette. C’est elle qui deviendra la plus dévouée, la plus intime, à vrai dire la seule amie du couple, et le « journal » qu’a laissé cette femme tendre et fruste est très révélateur du comportement de Boulanger et de sa belle amie ... Marie reste bouleversée de la splendeur de leur amour, elle est prête, et elle le prouvera par la suite, à tous les dévouements pour les aider…
… Leur nid d’amour préparé par Marie Quinton … qui ne connaît mieux que personne les amants ... Lorsque du fond de sa lointaine Auvergne, elle apprend la fuite de son idole, elle juge avec sa lucidité paysanne …
… Il a fait venir la dévouée Marie Quinton sur laquelle il compte pour les accompagner outre-Atlantique… Marie Quinton s’est donc embarquée pour Londres, très effrayée d’un tel voyage … Sur le bateau, sa coiffe Auvergnate suscite les quolibets, mais elle est prête à tout braver pour retrouver les chers amis qui l’appellent… seule véritable amie qui reste au couple, la fidèle … Marie Quinton …
Extraits du livre « Le général Boulanger » par Fresnette PISANI-FERRY 1969

 

… c’était Marie Quinton … connue dans tous le pays… la fameuse propriétaire… qui devait donner aux deux amoureux… les preuves de la plus touchante affection et du dévouement le plus fidèle … Marie Quinton … debout, près de la cheminée, les mains croisées sous son tablier … il la rassura doucement et embrassa sur les deux joues la Zenta Mounira …
Extrait du livre « Le Brave Général Boulanger » Marcel SEHEUR éditeur 1930


… Tout près de Clermont, collée au flanc des montagnes d’Auvergne, est située la petite ville d’eaux de Royat. Parmi ses hôtels, le plus petit et le plus modestes est celui « aux marronniers » connu pour la propreté des quelques chambres mises à la disposition des visiteurs, renommé par son excellente cuisine, mais surtout estimé de tout le monde pour son hôtesse, Marie Quinton, restée veuve toute jeune mais qui fait tout marcher avec ordre, et qui aimable mais inapprochable, était connue par monts et par vaux … l’est aujourd’hui, à 70 ans, car elle vit encore … elle est la personne de confiance qu’ils cherchent. Ils prient donc Marie Quinton … elle même doit les servir… Marie Quinton qui fidèle à l’appel, les a suivis à Jersey….
Extrait du livre « Grandeur et décadence du général Boulanger » Bruno WEIL 1931